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Can't slow down.

Can't slow down.

C'est une photo prise du cadre que ma mère garde non loin de son lit. Pour se rappeler d'avant. De son visage alors qu'elle avait mon âge. On parle beaucoup ces temps-si, quand je ne travaille pas à Brice. Elle allongée sur mon lit, moi assise à l'envers sur ma chaise, le menton sur le dossier. J'ai l'impression qu'on n'a jamais autant partagé de choses depuis que je suis née. C'était la plus jolie d'une famille de 10 enfants, dont 9 filles et 1 seul garçon. Elle attirait le regard de presque tout les garçons. Le photographe en face de la librairie de son père avait placardé sur la vitrine un poster de son visage. Elle recevait souvent des lettres d'amour. Comme ce bijoutier fortuné qui aurait put redresser le revenu de sa famille, qui lui avait offert une boîte à musique en or et qui se cachait dans le placard de chez lui mort de peur, à chaque fois que ma mère venait visiter sa soeur. Quand ma mère lui rendit la boîte de musique, refusa ainsi son amour, il se laissa déprimer et eut une liaison avec la femme de ménage... qui tomba peu de temps après enceinte, ce qui obliga le garçon à l'épouser et sombra également la réputation de la famille. Ou encore ce jeune homme au regard si dur, qui desespéré lorsque ma mère refusa son amour, partit rejoindre l'armée nationaliste et mourut éclaté par un obus communiste ou par quelques balles de la même espèce.

Et quand elle me raconte tout ça, je la regarde juste fascinée.

J'ai été peu bavarde ces temps-si. Le travail m'a pas mal fatiguée. Quand j'avais un temps libre, c'était pour dormir. L'éloignement que j'ai avec tout mes amis me rend coupable et maussade. Le stress que j'ai en pensant à mon école laisse mon regard se scotcher au plafond la nuit. Quand on me demande ce que je vais faire, je regarde le sol et lâche "une école". Après, quand on me demande de préciser, je lâche soit "d'audiovisuel", ou alors de "cinéma". Et j'ai l'impression qu'à chaque fois, on me lance le même regard désolé. Le même regard de pitié. De celle qui va rater, qui va devenir intermitante si elle réussit à trouver quoi que ce soit. De celle qui s'amuse plus à rêver. Qui est prétencieuse.

"Le commerce, ça au moins, c'est la vie. Là, t'aurais trouvé un très bon boulot. De quoi faire vivre ta famille. Et tout et tout... tu comprends?"

Je fais semblant de ne pas écouter.
Mais qu'est ce que je me maudis.
# Posté le mercredi 16 août 2006 17:29

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